
TALENT
FRANCE
Véritable autodidacte de la métamorphose, ce maquilleur FX et formateur rémois s’est imposé sur les plateaux par sa seule ténacité et son sens inné de la matière. Découvrez le parcours inspirant d’un créateur passionné, entièrement dédié à l’art du monstrueux et du réalisme.
En 2009, lorsqu’il pousse les portes de l’école Métamorphoses, Nicolas Fournelle n’a encore jamais touché aux pinceaux, au dessin ou à la sculpture. Tout ce q’il a, c’est une passion dévorante pour le cinéma fantastique. Depuis son plus jeune âge, il passe son temps à décortiquer le making-of et à dévorer les magazines spécialisés, cultivant un univers qui n’attendait que d’être façonné.
Où la magie opère : du labo au plateau
Sa rencontre avec le cinéaste Jordan Inconstant va agir comme un accélérateur. Ensemble, ils enchaînent les projets fantastiques – de Monstrus Circus à La compagnie des orcs perdus en passant par Bloody Fury. Loin du confort des studios, ces tournages se transforment en de véritables écoles du terrain. Face à l’imprévu et aux budgets serrés, le maquilleur apprend à s’adapter aux contraintes de temps ou de lumière, affûtant sa débrouillardise technique.
Sur un même projet, le spécialiste des effets spéciaux doit être un véritable couteau suisse. L’aventure commence souvent par le moulage et le tirage, deux étapes où il faut dompter le plâtre et la résine pour sculpter des formes rigides ou fabriquer des accessoires.

Vient ensuite le travail des prothèses souples : en manipulant le silicone ou la mousse de latex, Nicolas façonne de véritables secondes peaux capables de suivre la moindre expression des comédiens. Sur le plateau, l’illusion devient totale avec l’intégration de mécanismes et d’effets de sang gérés en direct. Pour faire jaillir l’hémoglobine au bon moment face caméra, il conçoit de petites animatroniques et dissimule des systèmes de tuyauterie complexes. Un travail de haute précision qu’il fait évoluer à chaque projet.
Derrière la rigueur technique, le travail de terrain réserve aussi son lot d’imprévus. Nicolas s’en rappelle encore avec un sourire :
Le direct, en revanche, offre parfois de grands moments de solitude ! Sur le tournage d’un film – qui n’est malheureusement jamais sorti-, je devais injecter du faux sang sous pression à travers une prothèse, à l’aide d’une petite canule. Tout était calé. Mais en plein milieu de la prise, le drame : le tuyau se détache brusquement de la prothèse, glisse sous les fringues du comédien et finit sa course directement dans l’élastique de son caleçon… tout en continuant d’envoyer l’hémoglobine à plein régime ! Entre la surprise de l’acteur et le fou rire général de l’équipe, la prise était évidemment foirée, mais le souvenir, lui, reste impérissable. C’est aussi ça, les aléas des effets spéciaux en direct.
Des semaines d’atelier pour quelques heures de tournage
Dans l’ombre des projecteurs se cache une réalité propre aux effets spéciaux : des semaines de labeur en atelier pour seulement quelques minutes à l’écran. Une asymétrie invisible que Nicolas connait par coeur, rythmée par des défis hors normes. Ce fut le cas sur le court-métrage Mange, diffusé sur OCS. En un temps record de trois semaines, il a dû sculpter, mouler et tirer de A à Z une prothèse faciale de grossissement extrême, doublée d’un faux bras et d’une fausse jambe. Une course contre la montre qui résonne avec son travail sur La Compagnie des orcs perdus : après des semaines passées à cuire des prothèses en latex dans son atelier, Nicolas s’est retrouvé seul sur le plateau à maquiller trois comédiens en orcs. Résultat ? Quatre heures et demie d’application non-stop, un marathon de précision avant même le premier « Action ! ».

La rencontre prestige
Au fil des projets, les plateaux réservent parfois de sacrées surprises. Parmi les plus marquantes, il y a ma rencontre avec l’acteur américain Lee Arenberg – le mémorable pirate Pintel dans la saga Pirates des Caraïbes, ou le nain Grumpy dans Once Upon a Time. J’ai eu la chance de le maquiller sur un court-métrage, et le feeling a été immédiat. Quand on passe des heures ensemble sur une chaise de maquillage, des liens se créent. Le courant est tellement bien passé qu’on est restés en contact depuis. Travailler avec des comédiens de cette envergure tout en vivant une aventure humaine aussi simple et vraie, c’est exactement pour cela que j’aime ce métier.
Un petit arrêt sur image !
Déformation faciale SFX
Un projet de prévention contre les dangers des
« tutos maquillages » amateurs sur Internet

Le front :
Le front est construit autour de plusieurs volumes prothétiques irréguliers, qui donnent l’impression d’une déformation progressive de l’anatomie.

La texture :
Le réalisme ne repose pas uniquement sur la couleur, mais sur la superposition de très fines variations chromatiques : petites taches, rougeurs diffuses, nuances violacées, micro-textures.

La bouche :
La prothèse semble tirer et modifier la forme du contour de la bouche, notamment au niveau de la commissure et de la lèvre inférieure.

Ce maquillage FX à été conçu à partir d’une empreinte de visage en Silicone F40. Après une phase de sculpture à l’argile Chevant, un contre-moule a été tiré en F40. La prothèse finale a été coulée en silicone PlatSil Gel 25 avec 100% de Deadener pour garantir une souplesse et une mobilité parfaites sur le visage. Pré-peinte à la palette Skin Illustrator, la pièce a été collée à la Pros-Aide, puis fondue sur la peau avec des finitions au Skin Illustrator pour un résultat invisible.
Fiche technique
| Technique | Prothèse faciale en silicone et makeup SFX |
| Discipline | SFX |
| Etapes | Sculpture et prothèse silicone, application et mise en couleur des volumes, puis travail des nuances cutanées pour intégrer les prothèses au visage |
| Matériels | Skin Illustrator, Silicone PlastSil Gel 25, Resine F40, Argile Chevant, Deadener |
| Niveau | Avancé |
| Pré-requis | Maîtrise des bases du maquillage SFX, de la sculpture, du moulage et des prothèses. Connaissances en silicone, application et raccord des prothèse, ainsi qu’en peinture et colorimétrie SFX |
CITATION DE
Nicolas Fournelle
Personne ne sculptera ni ne moulera à votre place. La discipline et la motivation personnelle restent les seuls garants de votre progression.
Au-delà des plateaux, l’artiste exprime son talent à travers des sculptures géantes créées pour des festivals fantastiques dans les Ardennes. Les visiteurs de l’événement L’Orée des légendes ont ainsi pu admirer sa réplique conforme du célèbre Trône de fer, un terrifiant Claqueur de The Last of Us, ou encore un impressionnant Leshen de The Witcher mesurant près de 2,50 mètres de haut. Une facette d’accessoiriste qui confirme sa maîtrise absolue des volumes.
Aujourd’hui, c’est entre la SB Académie et son propre espace, l’Atelier NSFX à Reims, qu’il partage les secrets de son savoir-faire avec la nouvelle génération de techniciens. Mais pas question pour autant de délaisser les plateaux. Entre deux sessions de formation, Nicolas continue de peaufiner ses prothèses dans son atelier, l’œil toujours rivé sur les prochains tournages et les futurs défis du cinéma de genre.
Le petit conseil !
Constituez une documentation rigoureuse : avant même de toucher à la terre, à la sculpture ou au pinceau, rassemblez un volume important de références visuelles, de photos et d’études anatomiques pour bâtir une base solide. Restez à l’écoute des autres professionnels : prenez tous les conseils possibles auprès des maquilleurs et maquilleuses expérimentés. Chaque astuce de démoulage, de coloration ou de chimie est un gain de temps précieux pour vos futurs projets.

Nicolas Fournelle














